MAGNIN-A

Photo : Malick Sidibé

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Frédéric Bruly Bouabré

Un coffret réunissant les œuvres fondatrices de l'artiste

Auteurs : Frédéric Bruly Bouabré, André Magnin, Yaya Savané, Denis Escudier 
1436 pages.  21,1 cm x 26,5 cm
Éditions Xavier Barral, Mai 2013


Magiciens de la terre, retour sur une exposition légendaire


Auteurs : Sous la direction d'Annie Cohen-Solal avec la collaboration de Mark Francis, André Magnin, Aline Luque, Jean-Hubert Martin, Hou Hanru, et Raymonde Moulin
400 pages
19,50 cm x 26 cm
Coédition : Editions du Centre Pompidou & Xavier Barral, Juillet 2014

André Magnin


André Magnin commence en 1986 ses recherches sur l’art contemporain dans les cultures non-occidentales et particulièrement dans toute l’Afrique Noire pour l’exposition Magiciens de la Terre au Centre Georges Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, dont il est commissaire adjoint. Depuis 1989, il a constitué l’emblématique Pigozzi Collection qu’il a dirigé pendant vingt ans. Il a organisé de nombreuses expositions monographiques et collectives dans des musées, centres d’art et fondations du monde entier : Out of Africa (Saatchi Gallery, London), African Art Now (Museum of Fine Arts, Houston), J’aime Chéri Samba (Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris), Arts of Africa (Grimaldi Forum, Monaco), 100% Africa (Guggenheim, Bilbao), Why Africa ? (Pinacoteca Giovanni e Marella Agnelli), Africa ? una nuova storia (Complesso del Vittoriano, Roma), African Stories (Marrakech)...
En 2009, il fonde MAGNIN-A dont la mission est de promouvoir l'art contemporain africain sur le marché de l'art international.

Je ne crois pas à l’enseignement de l’art mais à l’art comme enseignement.

Après avoir constitué et dirigé la CAAC, Pigozzi collection de 1989 à 2008, j’ai fondé MAGNIN-A dont la particularité est de présenter des artistes qui vivent et travaillent en Afrique noire. Ce projet reflète l’investissement de près de 20 ans de détermination, de curiosité, de recherches et une relation à l’art dont je revendique la subjectivité. Je me considère comme un «passeur» : j’aime l’idée de contribuer à la reconnaissance des œuvres, des pensées et des personnalités de ce continent.

Mon expérience et ma connaissance de l’art contemporain de l’Afrique sont nées de mes investigations et recherches dans les cultures non occidentales pour l’exposition Magiciens de la terre à partir de 1986. Présentée au Centre Georges Pompidou en 1989, cette exposition fut visionnaire dans sa conception.

Aucun artiste africain contemporain n’était alors véritablement connu. Le monde occidental de l’art ignorait ou avait négligé la création contemporaine sur les autres continents et particulièrement en Afrique. Les artistes africains ont longtemps survécu en vendant leurs tableaux à leur entourage – amis, coopérants ou visiteurs occasionnels. Généralement, l’idée d’entrer dans une collection et d’obtenir une reconnaissance internationale leur était étrangère. Pour la plupart, ils travaillaient au jour le jour, sans réelle perspective, sans stratégie et sans véritable interlocuteur. Il était donc difficile pour un artiste de penser son travail en terme d’œuvre, de pouvoir développer un projet ou même d’en avoir l’ambition.

Une trentaine d’artistes jouissent aujourd’hui d’une véritable reconnaissance que leur ont apportée de grandes expositions. La reconnaissance qu’ont gagné Bruly Bouabré, Kingelez, Lilanga, Hazoumé ou Samba, à Houston, New York, Kassel, Paris ou Sao Paolo, a porté un coup fatal à la notion "d'exotisme", dont la vision occidentale affublait , avec un certain mépris, l’art contemporain venu d’ailleurs.

Je n’ai bien sûr jamais cherché à être un "spécialiste" de l’art africain. Peut-être le suis-je devenu en sillonnant l’Afrique Noire à la rencontre des artistes. Les étiquettes sont toujours réductrices. Je m’intéresse autant à l’art africain qu’à l’art occidental ; c’est l’art qui m’intéresse. Une œuvre, quelle que soit sa provenance, peut-être lisible et compréhensible partout et par tous, même si elle comporte des signes ou des indices propres à une culture, à des croyances, à un contexte et à une histoire spécifiques.

Henri Michaux disait que toute une vie ne suffit pas pour désapprendre ce que «naïf, soumis, nous nous sommes laissé mettre dans la tête». Ses mots résument à la perfection les raisons profondes qui me poussent à aller vers les autres, les artistes, et à «laisser entrer en moi la beauté polyphonique du monde».