Nous éprouvons les troubles d’un monde où les guerres grondent non loin de chez nous. Edgar Morin écrit que cette vie n’est supportable que si l’on y introduit de la poésie, c’est-à-dire de l’intensité, de la fête, de la joie, de la communion.
Voilà ce que nous offre aujourd’hui le prodige Malick Sidibé, né en 1935 dans le petit village de Soloba, au Mali, loin de Bamako. « Je suis un véritable témoin des changements qui ont marqué le pays, la photographie ne ment pas, du moins en noir et blanc, je crois que ma photographie est bien plus authentique, réelle et directe que n’importe quel mot. Elle est simple, accessible à tous et elle raconte une époque sans tromperie » disait Malick. Au-delà de leur dimension historique, ses photographies deviennent des moments de poésie pure. Dix ans qu’il nous a quittés, nous voulons célébrer Malick par les sublimes poses qu’il nous a offertes, plus de 40 images iconiques, emblématiques ou remarquables, un florilège de moments de joie, d’espoir et de beauté.
Malick aimait raconter cette époque de libertés nouvelles, d’insouciance et de joie qu’il partageait avec toute la jeunesse. Les jeunes étaient organisés en clubs : club des As, club des Zazous, club des Chats Sauvages… Il signalait son arrivée aux soirées par un coup de flash. « Malick est là, le photographe est venu ! » la fête pouvait commencer. Immédiatement c’était l’ambiance, Malick avait un regard objectif et généreux, il cherchait les belles poses, se transportait en eux pour donner les images les plus vraies. Regardez-moi, Danser le Twist, Nuit de Noël sont des instants volés au temps, il a subtilisé des moments de vérités et de rêves d’une douceur et d’une tendresse infinies. «A cette époque, les jeunes aimaient le twist, le rock, ça leur permettait de se rapprocher, de se toucher». Malick communiquait sa joie. Il aimait la jeunesse et la jeunesse l’aimait. Toute son œuvre vient de là, de cet amour là.
Malick Sidibé a fait le tour du monde avec ses photographies, il a reçu tous les honneurs, tous les prix, jusqu’au prix Hasselblad en 2003. Il est le premier artiste africain à le recevoir. En 2007, Malick fut couronné du Lion d’Or de la Biennale de Venise pour l’ensemble de son œuvre et fera, en 2017, l’objet de la rétrospective Mali Twist à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain. Malick nous a quittés. Dix ans ont passé. La nouvelle Fondation Cartier lui rend hommage dans son Exposition Générale. De l’autre côté de l’Atlantique, le MoMA à New York consacre une exposition à la photographie africaine mettant en lumière la manière dont elle incarne la dignité, la fierté et l’héritage culturel. Tout Malick !