Nathalie Boutté

Née en 1967 à Senlis, France.

Vit et travaille à Montreuil.

 

Nathalie Boutté est arrivée à l’art contemporain assez tardivement. Bien qu’enfant elle soit fascinée par les grands peintres, le monde l’art lui paraît lointain. Sa famille n’étant pas portée sur l’art, elle ne fréquente pas les musées et les galeries d’exposition. Et cependant, à l’adolescence, la curiosité de Nathalie Boutté la conduit vers des centres d’intérêts successifs ; elle s’essaye à différents cursus et activités, qui ne l’empêchent pas de développer une passion pour la photographie qu’elle apprend de manière autodidacte.

Après avoir quitté l’école, elle effectue plusieurs stages professionnels. C’est ainsi qu’elle apprend le métier de maquettiste dans une agence de publicité, puis, dans une agence de presse, la photogravure. La directrice lui fait alors découvrir les minuties du métier, ainsi que les musées nationaux et les images d’autres artistes qu’il lui fallait apprendre à voir : « Une fois, elle [la directrice] avait accroché des lettres manuscrites au mur, en faisant gagner un livre à qui devinera leur auteur ; c’était des lettres de Vincent à Théo Van Gogh. Cette femme aimait l’art et prenait le temps de le faire découvrir aux jeunes et novices que nous étions. Ce sont des gens comme cela qui ont fait mon éducation ».

 

Sa démarche artistique est initiée par sa rencontre avec la photographie : des daguerréotypes, autochromes, premiers supports d’impression de l’image photographique. L’artiste s’applique à recréer les portraits en assemblant minutieusement les languettes de papier une à une. Le monde de l’édition et du graphisme où elle est entrée par hasard lui a apporté la technique ; ces vingt années d’expériences et de recherches personnelles ont développé dans ses créations une poésie de l’image métamorphosée. Nathalie Boutté crée des pièces en volume en offrant une deuxième vie aux cartes routières, romans, papiers vierges ou imprimés, calques, billets de banque qu’elle découpe en lamelles de papier : « Je n’ai jamais abandonné ce contact avec le papier. C’est de loin la matière avec laquelle je préfère travailler ». De près, le regard se perd dans un enchevêtrement de lettres. L’image reconstituée se dévoile au fur et à mesure que l’on s’en éloigne et que l’œil s’accommode aux collages.

L’artiste convoque dans ses œuvres des photographes historiques, Edward Curtis, Malick Sidibé ou Seydou Keïta... et s’intéresse à la photographie comme marqueur de mémoire. Les relations entre le passé et l’art de Nathalie Boutté sont complexes. À la manière des photographes anciens, elle n’est pas seulement une artiste qui fabrique des images, elle sélectionne des traces, des fragments de ces personnages anonymes qui portent en eux une histoire collective. Ces portraits traduisent la résilience de la communauté  africaine-américaine et leur unité dans le combat contre l’oppression raciale. Ce fonds de photographies est sentimentalement important pour les familles. Il l’est tout autant pour sa nature historique, sa valeur en tant qu’archives d’une région. Nathalie Boutté nous amène à poser un regard nouveau sur ces fondements identitaires.