La Galerie MAGNIN-A est heureuse de présenter pour la première fois les œuvres d’Emmanuel Awuni et Maceo Goy-Clairet, dans le cadre de l’exposition Les traces du vivant, qui se tiendra du 11 juin au 1er août. En transformant ce que nous connaissons, ces deux artistes nous dévoilent les strates invisibles du réel et interrogent notre manière de voir et de percevoir.
Chez Maceo, cette attention au monde s’est d’abord manifestée à travers le roman-photo, avant qu’elle ne se déploie sous la forme de sculptures et d’installations. Formé aux Arts Décoratifs, il puise dans son environnement immédiat pour nourrir son œuvre. Après une exposition personnelle au Musée de la Minéralogie en 2025, où il interrogeait le statut du minéral, il prolonge cette discussion avec la nature, dialoguant cette fois avec la forêt. Des écorces deviennent visages, laissant apparaître en filigrane une figure de surveillance ; des branches d’arbres se retrouvent prises au piège dans du verre ou du grillage ; des ailes d’oiseaux donnent vie à des arrêts de volet. Jouant avec les échelles et les illusions, ses sculptures brouillent les repères.
Si l’artiste ne cesse d’explorer et d’interroger la matérialité telle que nous la connaissons, l’artisanat occupe une place centrale dans son œuvre : moulage, silicone, assemblage de matériaux modestes — cailloux, écorces, plumes — donnent naissance à des formes hybrides.
Il engage ainsi une réflexion sur le passage du temps et cherche à inscrire le vivant dans une forme de permanence. Les éléments naturels, prélevés puis moulés, conservent une vitalité latente, comme suspendue.
Chez Emmanuel Awuni, qui a quitté le Ghana pour s’installer à Londres, où il a étudié au Royal Academy Schools cette attention au réel passe par une immersion lente dans son environnement. Loin de chercher à asservir ce qui l’entoure, il tente au contraire de s’accorder avec les flux qui traversent le monde : ceux de l’oralité de son enfance, mais aussi ceux de la rivière, du vol des oiseaux, des rythmes naturels. Il s’extrait un instant de la cadence imposée par la société contemporaine pour ralentir — un ralentissement qu’il impose également au spectateur.
Sa peinture demande du temps. Elle ne se livre pas immédiatement, mais se dévoile dans une forme de méditation. Si ses toiles paraissent d’abord non figuratives, elles révèlent peu à peu, à celui qui accepte d’arrêter son regard, des silhouettes ou des fragments de paysages.
Son travail, profondément ancré dans le rythme et l’oralité, puise dans les formes du présent comme dans les souvenirs de son enfance, afin de construire une abstraction vibrante et intemporelle. Guidé par une gestuelle instinctive, Awuni cherche à traduire la musicalité en peinture. Chaque couleur devient une note, une pulsation.
Une dimension presque spirituelle traverse les œuvres de ces deux artistes. La notion de guérison y affleure, non pas de manière explicite, mais comme un processus : celui d’un rapport renouvelé à soi, aux autres et au monde. Tous deux refusent la narration directe pour privilégier des formes ouvertes où le spectateur est invité à faire l’expérience d’un récit, où la nature se fait conteuse.
Observer le vivant avec acuité, capter le rythme de l’eau et les formes du monde pour mieux les détourner et les réinscrire ailleurs : une métamorphose s’opère.