Tolika Mtoliki est une exposition collective qui réunit six artistes sud-africains autour d’une proposition simple : la traduction va au-delà du simple langage. Les objets, les matériaux et les gestes eux aussi, peuvent traduire. Ils transportent des histoires, des mémoires et des formes de savoir d’un contexte à un autre.
Tolika est un terme utilisé dans plusieurs langues d’Afrique australe qui signifie « traduire » ou « interpréter ». Le mot dérive du néerlandais tolk, « interprète », tandis que mtoliki désigne une personne qui traduit ou interprète. Ce titre évoque les histoires de circulation linguistique et culturelle, ainsi que les transformations qui accompagnent le déplacement. Traduire ne signifie pas reproduire un sens original à l’identique, cela signifie transporter quelque chose dans un autre contexte, où son sens se transforme inévitablement.
Dans le travail de Nicholas Hlobo, des rubans, du cuir, du bois, des rebuts de caoutchouc et des objets trouvés sont cousus et assemblés en formes hybrides qui interrogent l’identité, la masculinité et son héritage isiXhosa.
Bulumko Mbete puise dans les traditions du textile, de la perlerie et du tissage transmises par les femmes de sa famille et de sa communauté, qu’elle considère comme des archives autochtones, témoins de la migration et de la mémoire collective.
Kagiso Patrick Mautloa associe des objets trouvés dans la ville à des formes construites en bois, en ciment et en mousse, intégrant dans ses œuvres les traces matérielles de la vie urbaine.
Frans Thoka utilise la couverture de prison à la fois comme objet et comme sujet, abordant à travers elle les thèmes de l’emprisonnement, la migration, le déplacement et la marginalisation.
Le travail de Mankebe Seakgoe se situe entre le langage et le dessin. Ses inscriptions ressemblent à une écriture tout en résistant à une lecture fixe, permettant aux mots d’être ressenti autant que compris.
Enfin, Xhanti Zwelendaba et Benjamin Stanwix réinterprètent et recontextualisent des images d’archives de paysages sud-africains sur ikhukho, un tapis traditionnel tissé à la main en herbe ou en roseaux, s'interrogeant ainsi sur la manière dont les histoires sont conservées, transmises et racontées à nouveau.
Dans cette exposition, chaque oeuvre devient finalement une manière singulière de traduire le monde, à travers un dialogue entre objets, langues et mémoires.